Le lundi 7 septembre 2026, au Centre financier de Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a lancé les ateliers de préparation à la visite sur place des experts du Groupe d’action financière (GAFI), en présence du ministre d’État, ministre de la Justice, Guillaume Ngefa. Sont concernés : les banques, les institutions financières, et les entreprises et professions non financières désignées.
L’enjeu est considérable. La RDC figure sur la liste grise du GAFI, la liste des pays sous surveillance renforcée, depuis octobre 2022. En juin 2026, le GAFI a reconnu que le pays avait pour l’essentiel achevé son plan d’action, et a jugé qu’il méritait une évaluation sur place. Si cette évaluation est favorable, la sortie de la liste grise pourrait être décidée lors de la prochaine plénière, prévue du 26 au 30 octobre 2026.
Le ministre l’a résumé en une phrase : « Une chose est d’implémenter des réformes, une autre est de s’assurer de leur pérennisation. » Les experts ne viendront pas vérifier que les textes existent. Ils viendront vérifier qu’ils sont appliqués.
Ce que les experts vont évaluer
Les ateliers de préparation ont listé les points qui seront examinés. Ils concernent directement les entités soumises à la loi :
- L’identification et l’évaluation des risques de blanchiment et de financement du terrorisme.
- La vigilance envers la clientèle : savoir qui sont ses clients et d’où vient leur argent.
- L’identification des bénéficiaires effectifs : les personnes physiques qui contrôlent réellement une société cliente.
- La détection des opérations suspectes et leur déclaration à la CENAREF, la Cellule nationale des renseignements financiers.
- Les enquêtes, les poursuites, les sanctions, la saisie et la confiscation des avoirs d’origine criminelle.
Les trois premiers points se jouent dans les institutions elles-mêmes, au guichet et dans les dossiers clients. Un dispositif qui existe sur le papier mais dont on ne trouve aucune trace d’application ne passe pas une évaluation d’efficacité.
Qui est concerné
Le cadre est fixé par la loi n° 22/068 du 27 décembre 2022 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de la prolifération. Elle s’applique aux institutions financières, banques, institutions de microfinance, coopératives d’épargne et de crédit, sociétés d’assurance, bureaux de change, sociétés de transfert d’argent, et à des professions non financières désignées.
Les superviseurs veillent à son application dans leur secteur : la Banque centrale du Congo pour les banques, les IMF et les COOPEC, l’ARCA pour les assurances. Les déclarations de soupçon sont adressées à la CENAREF, admise au Groupe Egmont des cellules de renseignement financier.
La liste précise des professions non financières concernées et leurs obligations détaillées figurent dans la loi et ses textes d’application : chaque entité doit vérifier sa propre situation.
Ce que doit contenir un dispositif LAB/FT efficace
Nos missions de diagnostic s’appuient sur une grille en huit blocs. Elle reprend ce qu’un inspecteur, ou un expert du GAFI, cherchera.
| Bloc | Ce qui est attendu | Ce qui manque le plus souvent |
|---|---|---|
| Gouvernance | Politique LAB/FT adoptée par le conseil, responsable conformité désigné | Un procès-verbal d’adoption daté |
| Connaissance du client | Procédure d’identification, dossiers à jour | La mise à jour des dossiers anciens |
| Vigilance | Vigilance standard et renforcée, personnes politiquement exposées | Des critères de risque écrits |
| Filtrage | Comparaison avec les listes de sanctions | La preuve que le filtrage a été fait |
| Surveillance | Scénarios d’alerte, revue des opérations atypiques | Des alertes réellement examinées |
| Déclaration | Procédure de déclaration à la CENAREF, registre | Un registre tenu |
| Formation | Plan de formation du personnel | Les listes de présence |
| Contrôle | Contrôle et audit internes, rapport de conformité | Un rapport périodique au conseil |
Un document qui traite un sujet en une ligne ne compte pas comme un dispositif : c’est au mieux un début. Et dans presque tous les diagnostics, le point faible est le même : la preuve. La procédure existe, mais rien ne montre qu’elle a été appliquée au client X le jour Y.
Le bénéficiaire effectif : le point le plus difficile
Parmi les points évalués, l’identification des bénéficiaires effectifs est souvent le plus délicat. Lorsqu’une société ouvre un compte ou contracte un crédit, l’institution ne doit pas seulement identifier la société et son représentant : elle doit savoir quelles personnes physiques la contrôlent réellement, directement ou à travers d’autres sociétés.
Dans la pratique, les dossiers se limitent souvent aux statuts et à l’extrait du registre du commerce. Or les statuts disent qui sont les associés à la constitution, pas qui contrôle la société aujourd’hui. Une cession de parts non répercutée, un associé qui est lui-même une société étrangère, un prête-nom : autant de situations où le dossier est complet en apparence et vide sur l’essentiel.
La bonne pratique consiste à demander une déclaration signée des bénéficiaires effectifs, à la rapprocher des documents sociaux à jour, et à la renouveler à chaque modification. Notre article sur les obligations annuelles des sociétés OHADA rappelle quels changements doivent être inscrits au RCCM : ce sont aussi ceux qui doivent déclencher une mise à jour du dossier client.
Un exemple chiffré : le coût d’un dispositif tenu à la main
Une institution de microfinance de Kinshasa compte 6 000 clients actifs. Sa politique prévoit une mise à jour des dossiers tous les deux ans, un filtrage de chaque client contre les listes de sanctions à l’entrée en relation et à chaque mise à jour de ces listes, et une revue des opérations en espèces au-delà d’un seuil interne.
Tenu à la main, ce dispositif représente, sur une année : 3 000 dossiers à mettre à jour, 6 000 noms à comparer manuellement à chaque nouvelle liste, et plusieurs centaines d’opérations à revoir. À raison de 10 minutes par dossier et de 2 minutes par filtrage, la seule mise à jour et un filtrage complet occupent environ 700 heures, soit plus de 4 mois et demi de travail d’un agent à temps plein.
Avec un salaire de 1 500 000 FC par mois, cela représente près de 7 000 000 FC par an, pour un résultat fragile : un filtrage manuel est rarement documenté, et une erreur de lecture passe inaperçue. Le vrai coût est ailleurs : une inspection qui conclut que le dispositif n’est pas appliqué expose l’institution à des sanctions, et à la défiance de ses banques correspondantes et de ses bailleurs.
Ce que change la sortie de la liste grise, et ce qu’elle ne change pas
Une sortie de la liste grise améliorerait l’image du pays auprès des banques étrangères et des investisseurs, et pourrait alléger les vérifications supplémentaires imposées aux opérations avec la RDC. Mais elle ne supprimerait aucune obligation : la loi n° 22/068 reste en vigueur, et le GAFI continue de suivre les pays qui sortent de la liste. Les autorités ont tout intérêt à montrer que les réformes tiennent dans la durée, ce qui veut dire des contrôles qui continuent.
Pour une institution, la bonne stratégie est donc la même quelle que soit la décision d’octobre : un dispositif appliqué, et la preuve qu’il l’est.
Les erreurs fréquentes
- Copier une politique LAB/FT d’un autre pays. Le référentiel est la loi congolaise et les instructions du superviseur, pas un modèle étranger.
- Confondre identification et vigilance. Photocopier une carte d’identité ne dit rien de l’origine des fonds.
- Filtrer sans garder de trace. Un filtrage dont on ne peut pas montrer la date et le résultat n’existe pas pour un inspecteur.
- Ne jamais déclarer. Un registre de déclarations de soupçon vide pendant des années n’est pas un signe de clientèle irréprochable : c’est un signe de surveillance inexistante.
Conformité LAB/FT : l’outil que nous préparons
Pour aider les institutions à passer du papier à la preuve, nous préparons un outil de conformité LAB/FT :
- Les fiches clients et leurs pièces justificatives, avec les alertes de mise à jour.
- La cotation du risque et le déclenchement automatique de la vigilance renforcée.
- Le filtrage contre les listes de sanctions, avec la trace de chaque vérification.
- Les alertes sur les opérations inhabituelles, revues et motivées par le responsable conformité.
- Les registres des déclarations de soupçon et des formations, et un rapport de conformité pour le conseil.
L’outil est en préparation. Vous pouvez demander à être informé de son lancement depuis la page Solutions.
Par où commencer
- Relisez votre politique LAB/FT : est-elle adoptée par le conseil, datée, et conforme à la loi n° 22/068 ?
- Prenez dix dossiers clients au hasard et vérifiez que vous pouvez prouver l’identification, le niveau de risque et le filtrage de chacun.
- Ouvrez votre registre de déclarations de soupçon : s’il est vide, demandez-vous pourquoi.
JMB Consulting, cabinet d’expertise comptable et d’audit à Kinshasa, accompagne les banques, IMF, COOPEC et entreprises dans le diagnostic et la mise à niveau de leur dispositif de conformité, de la cartographie des risques au contrôle interne. Parlons de votre dispositif, ou découvrez nos services d’audit et certification et de conseil en gestion.
Sources : Congo-Press, « Finances : lancement des ateliers préparatoires à la visite du GAFI à Kinshasa », septembre 2026 ; Droit Médias Finance, « GAFI : le Cameroun, la RDC et la Côte d’Ivoire maintenus sur la liste grise en juin 2026 » ; Strong2kin Moov, « GAFI : la RDC à un pas de sortir de la liste grise », 28 juin 2026 ; Capmad, « La CENAREF admise au Groupe Egmont » ; loi n° 22/068 du 27 décembre 2022 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de la prolifération. L’exemple chiffré est illustratif.
À lire aussi. Les bénéficiaires effectifs sont aussi au cœur de la réforme de la sous-traitance de 2026.